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  Dissuader le prédateur  

Chien de protection au milieu du troupeauUtilisé en France jusqu’à la fin du XIXème siècle, le chien de protection a peu à peu disparu de nos campagnes avec la raréfaction des grands prédateurs. Avec le retour du loup dans les Alpes françaises, et la présence de l’ours dans les Pyrénées, de plus en plus d’éleveurs se sont équipés de chiens pour protéger leurs troupeaux. L’intégration de ce type de chiens nécessite une réelle technique de mise en place et d’éducation.

Le chien de protection a pour fonction de dissuader tout intrus de s’approcher du troupeau. Ce n’est ni un chien de conduite, ni un chien de compagnie et encore moins un chien d’attaque. Les éleveurs intègrent des chiens de protection dans leur troupeau afin d’anticiper une situation de prédation prévisible, de répondre à une situation de prédation existante, ou de renforcer d’autres mesures de prévention.

- Intervention d’un chien de protection face à l’attaque d’un loup : Extrait du film Entre chiens et loups de Sylvain Menoud tourné en caméra infra-rouge dans le Parc National du Mercantour

Le chien de protection est l’outil le mieux adapté face à un prédateur comme le loup, ancêtre du chien : il dispose comme lui de bonnes aptitudes physiques (corpulence, endurance, résistance, flair, ouïe, vision nocturne…) et mentales (courage…). Ces aptitudes ont été sélectionnées dans ce sens par les éleveurs et les bergers.

Les chiens protègent également le troupeau contre d’autres prédateurs tels le lynx, l’ours, les renards et les chiens divagants, ou contre le vol.

- Intervention de trois chiens de protection en réponse à l’assaut d’un loup : Extrait du film Entre chiens et loups de Sylvain Menoud tourné en caméra infra-rouge dans le Parc National du Mercantour

Chiot de protection intégré au troupeauLe chien de protection doit présenter 4 comportements principaux :
- l’attention : le chien reste en permanence avec le troupeau ;
- la loyauté : le chien respecte le troupeau ;
- l’aptitude à la protection : le chien protège le troupeau contre les prédateurs ;
- la sociabilité ou tolérance/indifférence à l’homme, mais en évitant qu’il soit familier.

Ces comportements ont une base génétique, mais ils résultent aussi d’une réelle technique de mise en place et de suivi (éducation, corrections) du chien de protection.

La principale race utilisée dans les Alpes françaises est le Montagne des Pyrénées, couramment appelé patou, représentant 77% des chiens. D’autres races sont utilisées, notamment le Maremme Abruzze (13%), mais aussi le Berger d’Anatolie, le Berger du Caucase, le Dogue du Tibet… Des études semblent montrer que le montagne des Pyrénées est une des races les mieux adaptées aux zones à forte fréquentation touristique.

Trois chiens dans un troupeau

 

Le nombre optimal de chiens par tête de bétail dépend de plusieurs paramètres : exposition à la prédation, qualité des chiens, race des brebis, configuration de l’unité pastorale, type de ressources fourragère… Toutefois, même pour les petits troupeaux, l’efficacité est renforcée par la présence simultanée de deux chiens.

 

- Intérêt de la présence de plusieurs chiens de protection face aux loups : Extrait du film Entre chiens et loups de Sylvain Menoud tourné en caméra infra-rouge dans le Parc National du Mercantour

 

 

L’intégration dans le troupeau :

 

Chien allongé au sein du troupeauLa perception du chien de protection a évolué avec son utilisation et l’expérience des éleveurs. Alors que certains pensaient que la fonction protectrice était innée chez les chiens de protection, les échanges mutuels et réguliers entre éleveurs, techniciens et experts ont permis d’identifier les meilleures techniques d’intégration dans les troupeaux, étape indispensable à l’établissement de liens entre le chien et le troupeau.

Pour garantir cette intégration, quelques règles doivent être respectées :
- le chiot doit être issu de parents au travail et être en contact avec l’espèce qu’il devra protéger (ovins, caprins, bovins...) dès sa naissance ;
- à partir de 8 semaines et jusqu’à 12 semaines, le chiot peut être séparé de sa mère et de tout autre chien pour être intégré en bergerie dans un petit groupe d’agnelles ou de brebis non suitées. Dans ce parc, il faut aménager un coin où le chiot peut s’isoler des autres animaux ;
- l’éleveur doit surveiller avec attention tout comportement pouvant s’avérer dangereux pour le bétail (morsures pour le jeu) et les réprimer systématiquement de manière autoritaire. Le chiot doit comprendre très rapidement ce qu’il peut faire et ce qu’il ne doit pas faire ;
- les premières sorties avec le troupeau se font vers 4-6 mois. L’éleveur doit là aussi surveiller cette transition pour corriger rapidement les erreurs du chiot, Chien à côté d'une petite fille notamment s’il a tendance à s’éloigner du troupeau ;
- pendant toute la période d’intégration, il faut limiter le contact avec les humains pour que le chien ne s’attache pas trop à l’homme. Pour autant, le chien doit être habitué à la présence humaine pour qu’il ne considère pas l’homme ni comme un danger ni comme un objet d’attraction et doit pouvoir être manipulé, notamment pour les soins et obéir à quelques ordres simples.

La mise en place d’un chien de protection n’est plus synonyme d’acceptation du loup, mais un gage de la protection du troupeau.

- Guide d’utilisation du chien de protection (Wick) : Manuel d’explication de la méthode d’élevage et d’introduction d’un chien de protection au sein d’un troupeau
- Bilan de l’intégration des chiens (1988-1998) : Les méthodes d’intégration des chiens dans les troupeaux ont été progressivement améliorées grâce aux financements et à l’information des éleveurs. Lorsqu’un éleveur connaît ces méthodes, elles sont bien appliquées

 

 

Améliorations du comportement des chiens :

 

D’un point de vue génétique, il est nécessaire de suivre les filiations de chaque individu afin d’éviter la consanguinité et les problèmes de morphologie ou de maladies, mais aussi de favoriser des lignées à fort potentiel. À l’inverse, les lignées dites agressives (chiens mordant sans raison apparente) ne sont pas conservées. Pour ceux qui possèdent plusieurs chiens, il est préconisé de garder un couple reproducteur et de stériliser les autres afin de limiter les éventuels conflits aux périodes de reproduction. Castrer les mâles peut aussi limiter leur agressivité entre eux en l’absence de femelles et leur divagation pour la recherche de femelles en chaleur.

Un programme est actuellement piloté par l’Institut de l’Élevage pour recenser les chiens de protection au travail en France et élaborer un test comportemental visant à évaluer leur efficacité et leur agressivité potentielle vis-à-vis de l’homme. Ce test facilitera la sélection génétique des chiens.

- Quoi De Neuf n°8 - p.7 : Présentation d’un article américain sur des tests d’efficacité des mesures de protection dont les chiens de protection

Des éleveurs motivés et passionnés par les chiens de protection peuvent aider ceux qui rencontrent des difficultés dans l’éducation de leur chien, en le plaçant temporairement dans leur exploitation afin de corriger certains défauts. De même, des éleveurs peuvent prêter leur chien à certaines périodes de l’année.

Ces solution "de dépannage" en cas d’urgence doivent être réalisées de manière réfléchie et en association avec les techniciens pastoraux chargés des chiens de protection afin de bien choisir les chiens et leur laisser quelques jours d’adaptation au nouveau troupeau.

 

 

Limites liées au chien de protection :

 

La présence de chiens de protection au sein des troupeaux constitue un surcroît de travail pour l’éleveur, souvent accompagné d’une diminution du temps consacré au troupeau et aux tâches annexes. En effet, si l’achat et l’entretien de ces chiens sont pris en charge (80% du montant pour l’achat ; 624 € par an et par chien pour l’entretien), l’utilisation d’un chien de protection nécessite de la part de l’éleveur une attention particulière :
- lors de la mise en place et de l’éducation d’un chiot dans un troupeau, les erreurs et les défauts de comportement doivent être rapidement corrigés ; Chien s'alimentant
- les chiens doivent être nourris quotidiennement, à raison d’un kg de croquette par chien et par jour ; ceci est particulièrement contraignant pour les alpages non accessibles par des pistes carrossables. Il faut en effet nourrir les chiens tous les jours afin d’éviter qu’ils développent à terme des comportements de chasse sur la faune sauvage, voire domestique, ou qu’ils quittent le troupeau ;
- le suivi sanitaire des chiens doit être assuré.

Cette surcharge de travail est toutefois prise en compte au travers du financement de l’aide au gardiennage.

 

 

Le chien de protection et les activités touristiques : quelle conduite adopter ?

 

La présence de chiens de protection sur les alpages peut engendrer des conflits avec les autres usagers de la montagne (randonneurs, chasseurs, VTTistes...), résultant d’une méconnaissance de l’élevage, des chiens de protection et de la conduite à tenir en leur présence.

Pour prévenir tout incident, il est indispensable de communiquer et d’informer le plus largement possible sur ces chiens et leur rôle.

Jusqu’à présent l’information se fait au travers de panneaux de signalisation mis en place sur les alpages, d’un film de sensibilisation "Les gardiens de nos troupeaux" (9 min) et de plaquettes distribuées le plus largement aux offices du tourisme, mairies, Parcs Naturels Régionaux, Parcs Nationaux, gîtes, campings...

Pour renforcer ce système d’information, une campagne de sensibilisation grand public estivale (juillet et août) et annuelle est mise en place accès sur 3 actions majeures :
- le maraudage (un animateur est posté directement sur le site et sensibilise les usagers de passage) dans les alpages touristiques sur des sites de présence de troupeaux et chien de protection,
- des conférences grand public et soirées en refuge,
- des spots radio de 30 secondes diffusés toute la journée sur tout l’arc alpin français.

Cependant, la communication reste à développer et devrait à l’avenir intégrer le chien de protection dans les brochures de randonnée des Conseils Généraux, dans les guides de randonnées des espaces protégés et maisons d’édition ou encore dans les magazines de randonnée pédestre ou de VTT par exemple.

Chien de protection s'approchant de randonneurs

Le chien de protection peut également poser des problèmes de voisinage pendant l’hiver ou les périodes d’intersaison lorsque le troupeau pâture en plusieurs lots à proximité des villages.

- Bande dessinée sur les chiens de protection : illustration du comportement des chiens de protection et de la conduite à tenir en leur présence
- Quel comportement adopter en présence d’un chien de protection ?
- Actes du séminaire "Loup-élevage : s’ouvrir à la complexité" (p.202 à 210) : Protection des troupeaux et impacts environnementaux
- Statut du chien de protection, 2001 : Étude juridique de la responsabilité de l’éleveur / chien de protection. Depuis la loi DTR (23/02/05), le chien en action de protection n’est plus considéré comme en état de divagation.

La technique d’intégration de chiens de protection dans des troupeaux ovins ou caprins est comprise en France. Par contre, des expérimentations restent à conduire pour l’intégration dans des troupeaux bovins.
Chien de protection sur troupeau bovin en Espagne

- Rapport interministériel "Évaluation de la situation relative a l’utilisation des chiens de protection des troupeaux contre la prédation" (juin 2010) : il a été réalisé par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD - MEDDTL) et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER - MAAPRAT), à partir d’une analyse de la situation constatée dans plusieurs départements alpins ainsi que dans des territoires de colonisation possible du prédateur, dans les Pyrénées et le Jura
- Le chien de protection et l’examen d’évaluation de sociabilité et d’aptitude à la protection des troupeaux domestiques de la Société Centrale Canine (SCC)
- Rapport Life : Chiens de protection (Lapeyronie, Moret) : Le chien est le meilleur dispositif de protection existant mais l’élevage d’un chien est un investissement (en temps et en argent). L’introduction d’un chien dans un troupeau doit être accompagnée humainement et financièrement
- Actes du séminaire de restitution du programme LIFE - p.97 : Présentation de la mesure "chiens de protection"